Highlight – Interview avec Raynart

Aujourd’hui on se retrouve pour un article un peu spécial puisque je vous propose de découvrir Raynart, mangaka amateur français de talent que je vous avait évoqué il n’y a pas si longtemps que ça, un artiste que je suis depuis un bon moment déjà et qui a très gentiment accepté de prendre part à cette interview. C’est donc avec plaisir que je partage cette entrevue qui j’espère vous plaira.

Salut Raynart, tout d’abord merci d’avoir accepté de répondre à mes questions, vraiment content de pouvoir t’interviewer. D’ailleurs interview oblige, pourrais-tu te présenter pour celles & ceux qui ne te connaitraient pas ?

Salut, merci à toi plutôt de me proposer un interview, comme je ne suis pas encore professionnel… Mon nom de plume est Raynart, je suis illustrateur et auteur de mangaka français, pour l’instant en amateur. Je me suis mis à dessiner depuis tout petit, m’intéressant surtout aux bandes dessinées d’abord (Astérix, Boule & Bill, Gaston Lagaffe, etc.) jusqu’à ce que je découvre les dessins animés sur la Cinq et le Club Dorothée! C’était vraiment à partir de ce moment-là que j’ai décidé que je ne dessinerais plus que du manga! Jusqu’à il y a 3 ans, mon objectif n’était que de me faire éditer en manga, en France bien sûr, je n’avais jamais imaginé ou espéré me faire éditer au Japon, ou ne serait-ce y mettre les pieds là-bas. Et puis un jour, j’ai eu une réflexion du genre « je claque tout et je pars vivre au Japon! »! Ce que j’ai fait grâce à un visa Working-Holiday qui m’a permis de rester là-bas pendant un an, en 2010-2011. Un an où j’ai eu l’opportunité de rencontrer des éditeurs de magazines de prépublication. Une expérience vraiment intéressante et très enrichissante qui m’a permis d’avancer à grands pas vers mon objectif de devenir mangaka, mais maintenant au Japon! Je suis actuellement rentré en France, à l’issue de mon visa d’un an, mais je continue à démarcher et à garder contact avec les éditeurs japonais.

D’accord, entrons directement dans le vif du sujet : tu as mentionné le Club Dorothée déjà mais plus précisément, quelles sont les œuvres et/ou les artistes qui t’ont donné envie de faire du manga ? Et pourquoi du manga et pas autre-chose ?

J’étais un très grand fan de Dragon Ball, mais j’appréciais beaucoup les oeuvres comme Macross (Robotech), Samurai Troopers (Les Samourais de l’Eternel), Shurato ou encore Saint Seiya. En gros, du Shônen mais ce n’est pas étonnant pour l’âge que j’avais (école primaire)! Si on devait se baser sur cette période-là, Toriyama Akira est celui qui m’avait le plus influencé concernant le manga! Je me souviens encore redessiner les scènes en manga du dessin animé devant l’écran. Je pense que les mangas me faisaient plus rêver que les bandes dessinées franco-belges! Je pourrais dire qu’Asterix & Obélix pourraient faire rêver avec leur potion magique et la force surhumaine que ça donnait, mais ce sont des personnages auxquels j’ai eu du mal à m’identifier… Et puis le rythme de diffusion et de parution des animes et des mangas ont su faire la différence: on lit très rapidement tous les albums franco-belges, mais on se retrouve très vite sans nouveauté. Actuellement, mon opinion n’a pas du tout changé et je comprends même mieux ce qui fait que je m’accroche plus aux mangas qu’aux BDs franco-belges. Ce serait un peu long à expliquer, mais pour résumer, je trouve qu’il y a plus de travail au niveau de l’esthétique et de l’imaginaire dans les mangas.

Hahahah, c’est vrai que tout de suite le fait de suivre les aventures d’un duo moustachu à la Laurel et Hardy ça fait moins rêver face aux mastodontes du Shônen. Maintenant que tu as évoqué les notions d’esthétique et d’imaginaire, parle-nous un peu de tes inspirations. Dans tes oneshots, on peut remarquer que tu as formé des univers mêlant mechas, science-fiction et même fantasy, quelles ont été tes inspirations en particulier et qu’est-ce que tu aime dans ces thèmes ?

Au niveau inspiration, on va dire que j’avais commencé par de l’Heroic Fantasy (parce que c’est plus facile à dessiner au niveau des personnages et décors), inspiré de Lodoss War puis beaucoup du manga Bastard!! que j’ai découvert via les OAV. Le chara designer de cet anime, Hiroyuki Kitazume, m’avait beaucoup marqué, les filles qu’il dessinait étaient vraiment très mignonnes et attirantes! Puis, avec l’affinement et le perfectionnement du style de Kazushi Higawara, l’auteur du manga Bastard!!, ça m’avait vraiment donné envie de dessiner des filles aussi mignonnes dans mes histoires. Ensuite, un autre auteur qui m’a beaucoup inspiré, Yabuki Kentarô, que j’avais découvert dans le Weekly Shônen Jump quand il était sur son premier manga Yamato Gensôki. Au début, c’était pour le côté Fantasy (magie et épées monstrueuses) et pour son style de dessin. Mais ensuite, j’ai suivi son parcours en tentant de sortir de l’Heroic Fantasy, lorsqu’il a commencé son premier best seller, Black Cat! C’est vraiment le premier auteur à m’avoir donné envie de tenter des choses différentes, mais je restais sur des scénarios originaux et simples à la fois. Mais pendant mon parcours universitaire (en Sciences de la Terre), j’étais plutôt isolé, en chambre étudiante, sans internet, j’avais perdu l’intérêt pour le dessin comme j’avais moins l’occasion de faire partager mes travaux. J’avais donc arrêté de dessiner pendant 2 ans (2005-2006).

Puis en début 2007, j’ai eu comme un gros déclic! J’ai repris le dessin, j’ai mis de côté tous mes anciens projets de manga (j’y étais trop attaché affectivement) et j’ai décidé de tout reprendre à zéro! De tous nouveaux projets, avec des scénarios beaucoup plus intéressants, intriguants et originaux. J’avais aussi décidé de mettre un pied dans le fanzinat pour m’obliger à concrétiser ces projets! J’ai recommencé à regarder des animes et Macross Frontier et Gundam OO m’ont vraiment marqué, à un tel point que ça m’ait donné envie de dessiner des mechas! Celui qui m’en a donné envie aussi est un collègue artiste qui m’a joint dans mon aventure dans le fanzinat, qui est un grand fan de mechas! A vrai dire, on était en plein dans une période où beaucoup de monde se disait qu’il n’était plus possible de créer de nouveaux scénarios intéressants, que tout à déjà été vu et revu. J’ai donc pris ce challenge au sérieux, et ça a donné naissance à tous mes projets que j’ai créé depuis! Vous pouvez en découvrir quelques uns sur mon site internet/blog et sur ma page facebook!

J’ai juste oublié de préciser que des séries télévisées américaines (et quelques films aussi) m’ont beaucoup influencé aussi pour le côté scénario compliqué. En film, il y a The Butterfly Effect (version Director’s Cut) et The Final Cut, et plus récemment Inception et Limitless. Et en série Stargate, Sliders, Lost, FlashForward, Journeyman, Day Break, Terra Nova, Awake, etc. Vous remarquerez que j’ai une grosse préférence pour les histoires impliquant le spatio-temporel!

Parlons un peu de ton expérience avec le Japon, il y a quelques années tu étais passé à la télé japonaise (http://www.youtube.com/watch?v=gdibdcV-bBw) et tu parlais de ton voyage ainsi que de ton rêve de devenir mangaka là-bas, présentant au passage une de tes œuvres. Depuis tu as fait pas mal de oneshots, de conventions, de concours et tu as même été établir des contacts avec quelques éditeurs japonais… dont certains comme Kadokawa semblaient vraiment intéressés. Peux-tu nous parler un peu de ton parcours d’artiste au Japon et nous expliquer un peu comment ça s’est passé avec les éditeurs ?

Oui, bien sûr. Comme expliqué plus haut, j’étais parti un an au Japon. Au tout début, j’avais un peu peur d’approcher les éditeurs, en pensant que je n’aurais jamais le niveau pour attirer leur attention. Puis, des amis m’ont invité à venir à la convention japonais Comitia (c’est comme le Comic Market/ Comiket, mais les exposants ne peuvent y présenter que des oeuvres originales), et j’ai découvert là-bas, qu’à chaque édition (il y en a 4 par an), qu’il y a des éditeurs de magazines de manga présents pour des entretiens directs. Il y a une dizaine de magazines représentés par 2 à 3 éditeurs. J’étais sur place, j’avais mon dernier oneshot à la main et une opportunité devant moi. Je me suis donc lancé! Malgré le fait que le oneshot n’était pas traduit en japonais, l’éditeur a pris la peine de tout regarder jusqu’à la fin et a donné des critiques et conseils assez intéressants, mais il ne montrait pas plus d’intérêt pour mes travaux. A savoir que j’étais tombé cette première fois sur un jeune éditeur qui est plus là pour une prospection « brute », où il ne cherchait que les éléments qui seraient le plus en accord avec le magazine dans lequel il travaille. A savoir que c’était pour le magazine SQ Jump (Shueisha), pour du shônen donc, et que mon oneshot paraît pour un public un plus âgé. Par la suite, j’ai essayé de trouver du travail dans de l’illustration, j’ai fais des commissions et aussi du chara design. 6 mois plus tard, je suis retourné au Comitia pour rencontrer d’autres éditeurs. Je suis tombé cette fois-là sur le magazine Comic Blade (Mag Garden), du shônen encore, mais avec un éditeur qui paraissait bien expérimenté! La discussion était très enrichissante et l’éditeur m’avait appris pas mal de choses, comme notamment le fait que je me trompe de catégorie, que ce que je fais correspond plutôt à la catégorie « Young » qui cible les jeunes adultes (16-25 ans) avec mes scénarios complexes.

J’ai donc établi une liste de magazines de catégorie « Young » pour y rencontrer des éditeurs. A savoir qu’au Japon, contrairement en France, il est extrêmement facile de rencontrer des éditeurs de manga! Outre les entretiens au Comitia (où ne retrouve pas tout le temps tous les éditeurs qu’on veut), on peut aller directement au siège social de la maison d’édition pour y demander un rendez-vous (ou par téléphone aussi), et quelques fois, il est même possible d’avoir un rendez-vous dans la demi-heure qui vient! C’est ainsi que j’ai pu rencontrer le premier éditeur sur ma liste, un représentant d’Ultra Jump (Shueisha)(qui est plutôt bien placé, bien expérimenté), qui a tout de suite accroché à mes travaux! On s’est revu ensuite une deuxième fois, puis les autres fois par téléphone. Ensuite, il y a eu les évènements du 11 mars 2010 qui ont beaucoup ralenti mes démarches avec cet éditeur, beaucoup de maisons d’édition étaient en difficulté et il était moins facile de revoir l’éditeur. Et puis, la fin de mon visa est tombé. J’avais la possibilité de rester plus longtemps, mais l’éditeur m’avait dit qu’il n’y avait pas de soucis pour continuer à communiquer avec lui depuis la France via mon interprète/traductrice.

Il faut savoir qu’au Japon, pour devenir mangaka professionel, il faut obligatoirement gagner un concours. Il y en a très fréquemment, heureusement. Mais pour Ultra Jump, c’est tous les 3 mois, et il n’y a qu’un seul gagnant (on ne connaît pas du tout le classement des autres participants) et un seul juge final qui est un des auteurs du magazine. L’éditeur m’avait dit que mes oneshots peuvent aisément passer jusqu’à la sélection finale, mais que le gagnant ne dépend que de ce dernier juge, ce qui donne un côté très aléatoire parce que ça ne dépend que d’une seule personne, donc de ses goûts. Récemment, j’ai donc décidé de rencontrer des éditeurs d’autres magazines, comme Kadokawa effectivement, qui paraît très intéressé par ce que je fais. J’ai un agent éditorial qui est au Japon et qui m’aide dans les démarches avec les concours et les éditeurs. C’est donc grâce à celui-ci que j’ai pu rencontrer de nouveaux éditeurs, comme ce dernier. J’ai prévu de retourner en Japon prochainement, en Novembre, et donc de rencontrer cet éditeur de Kadokawa pour le magazine Shônen/Young Ace, mais aussi d’autres éditeurs comme ceux de Kadokawa et de Square-Enix.
Voici donc la situation dans laquelle je suis actuellement.

Outre tes mangas, tu as récemment pu concrétiser ton projet de figurine d’un de tes personnages: Kaysa Kaine, as-tu d’autres projets en tête que tu voudrais partager ?

Tout à fait! Je m’intéresse beaucoup à la subculture japonaise tournant autour de l’animation: les figurines, jeux vidéo (RPG et jeux de baston japonais), mais aussi les Visual Novels et Eroge (jeux érotiques japonais), ça m’a donc fait énormément plaisir de voir qu’il était possible pour moi de produire une figurine d’un de mes personnages par des sculpteurs qui font des figurines pour des sociétés comme Max Factory. Par contre, comme ce n’est qu’en faible quantité, la figurine ne pourra se faire qu’en résine à la place du PVC (quoique chaque matière a ses qualités et défauts). Elle est quasiment terminée, et si le résultat est satisfaisant, je réitérerai avec d’autres personnages!

Ensuite, je suis un grand amateur de jeux de cartes (belote, tarot, rami…) et de société aussi (Magic the Gathering, Munchkin, Citadelles, Elixir, Horreur à Arkham, etc.), et j’aimerais créer un jeu de société basé sur les Visual Novels, histoires dans les lycées japonais. Je ne sais même pas si ça existe au Japon, mais je connais au moins un titre de jeu de cartes japonais, Tanto Cuore, qui n’est pas dans le genre duel comme Schwartz Weiss ou encore Yu-Gi-Oh. J’ai déjà le nom du jeu, la règle du jeu et la liste complète des cartes, et j’ai déjà commencé à illustrer quelques cartes aussi!

Ça s’appellera « Kimi no Kokoro wo Seifuku Suru » qui signifie « Je veux conquérir ton coeur » avec un petit jeu de mots. Comme son nom l’indique, ce sera essentiellement un jeu de drague dans le contexte des lycées japonais! Chaque joueur incarne un lycéen, tout ce qu’il y a de plus banal, comme dans les visual novels et animes du genre, et leur but est de séduire le plus de filles possibles. A vrai dire, le but du jeu est d’en conquérir 3, et chaque manche est représentée par une fille que tous les joueurs essaieront de séduire via des cartes qui leur attribueront des points auprès d’elle. Ce qui fait que ce sera un peu la guerre pour chaque fille. D’ailleurs, elles seront toutes uniques et auront chacune leur propre histoire, caractère et personnalité. J’illustrerai la majorité des cartes, certaines le seront par des invités français, peut-être américains et canadiens aussi, et il y aura quelques cartes exclusives qui seront illustrées par des illustrateurs professionnels japonais! Il y aura aussi des concours d’illustration qui permettra au gagnant d’illustrer une des cartes. Le jeu est prévu en français, anglais et japonais! C’est un très gros projet, je pense qu’il est assez prometteur aussi! Si le succès se confirme, des extensions sont déjà prévues!!

Comme les procédures éditoriales avec les japonais sont longues, j’ai prévu aussi de m’auto-éditer en manga, cette fois-ci avec une série (à la place de oneshots)! J’ai prévu de faire ça par l’intermédiaire de nouveaux procédés comme le crowdfunding, un système de financement par le public (à l’aide de sites internet comme Kickstarter, l’équivalent français étant Ulule). Bien sûr, j’ai prévu de faire ça tout en continuant à dessiner des oneshots pour les éditeurs et concours japonais, ainsi que la conception du jeu de cartes! Consacrer un mois pour cette série, un mois pour un oneshot pour le Japon et un mois pour illustrer les cartes, en gros faire un roulement sur 3 mois! Et puis pour le manga auto-édité, j’ai prévu de me faire réaliser un clip animé par un studio d’animation japonais (j’ai déjà le devis pour ça) pour 2013 sûrement.

Le seul « mal » qui pourrait empêcher tout ça serait que je me fasse éditer rapidement au Japon (haha), mais je n’abandonnerais pas le projet du jeu de société!
Mais aussi, il y a un autre gros projet prometteur que je supervise, mais vous serez bientôt au courant de ça…

Ça promet ! Pour terminer je te propose de répondre à quelques questions random mais courtes.
Plutôt Sonic ou plutôt Mario ?

Pas évidente comme question! Si ça ne devait être qu’entre les jeux de Sonic et de Mario, je dirais que je suis plutôt pour Mario, mais en 2D de type plateforme. Je n’aime pas trop ceux qui sont en 3D… Par contre, si ça concerne Sega v.s Nintendo, je dirais que j’ai une préférence pour Sega.

Hahah, SEGA c’est plus fort que toi ! *ehem* Plutôt bouffe japonaise ou bouffe chinoise ?

Japonais! De bons sushis, takoyaki, shabu shabu, katsu curry! Mais j’aime bien la cuisine vietnamienne aussi (pas chinoise).

Et enfin, Naruto vs. Sasuke, qui gagne ?

Je dirais Naruto…! J’aimais beaucoup le manga au début, jusqu’au tome 15, tome que j’ai beaucoup aimé parce que Sasuke était bien bouche bée en voyant le combat de Naruto contre Gaara!

Pour conclure, un message pour celles & ceux qui te suivent – ou même pour ceux qui te découvrent ? 🙂

Pour suivre l’avancement de mes projets, suivez mon blog! Il y a pas mal d’autres projets à venir en plus de ceux que j’ai listé plus haut. Je propose régulièrement des concours sur ma page facebook! Et puis je tiens à remercier tous ceux qui me suivent depuis des années et aussi ceux qui m’ont découvert récemment aussi. En tant que Français, la voie que j’ai choisie n’est pas la plus facile, mais j’espère que ça pourra en inspirer et motiver plus d’un!

Merci beaucoup d’avoir pris le temps de répondre à cette entrevue, c’est vraiment sympa de ta part. En tout cas je te souhaites vraiment de réussir dans cette voie-là qui est vraiment faite pour toi.

Voilà qui conclut donc cette interview, j’espère qu’elle vous aura plu, en tout cas je ne peux que vous encourager à aller découvrir ses travaux disponibles sur son site ainsi que sur sa page Facebook !

Kenny

Étudiant en LEA, blogueur, graphiste WP, buveur de Canada Dry et rédacteur web. J'ai des super pouvoirs aussi.

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