Chronique – L’exploitation des glitchs, mal absolu ou nouvelle façon d’aborder le jeu vidéo ?

Comme vous le savez peut-être, Nintendo a déployé il y a pas si longtemps un correctif pour Mario Kart 7 sur 3DS très attendu pour pas mal de joueurs en ligne puisque le patch supprime trois fameux glitch faisant office de grands raccourcis. Néanmoins ceci peut soulever une question maintes et maintes fois posée : doit-on considérer l’exploitation de failles comme une ignoble tricherie, comme un échappatoire au challenge du jeu ? Ou est-ce simplement une prise de liberté par le joueur qui souhaite apprécier le jeu à sa façon ?

 

 

Le cas du hors-ligne: une manière de renouveler l’expérience de jeu

Lorsque l’on joue seul à un jeu, l’exploitation d’un glitch change indéniablement l’expérience de jeu puisque l’on s’extirpe des limites imposées par les développeurs et le jeu lui-même en faisant des actions qui n’étaient pas prévues à la base ou en accédant à des lieux que l’on ne devrait pas découvrir – ou du moins, pas à ce moment-là. Je pourrais par exemple évoquer Saints Row 2 qui, grâce à un problème de collision avec le sol et les murs, permet tout bonnement de tomber dans un néant sous la ville et parfois d’accéder à certains lieux interdits comme l’arène de derby que l’on voit seulement dans un mini-jeu.

 

Si le glitch peut parfois pourrir une partie – comme dans Sonic Megamix et le looping glitché de Metallic Base Zone qui bloque tout simplement Sonic dans le décor – et nous forcer à revenir à un précédent checkpoint ou à faire un reset bête et méchant de la console, il peut se révéler très pratique et même être parfois presque indispensable pour le joueur, qui n’a jamais utilisé le fameux glitch de sauvegarde dans Pokémon pour cloner ses Evoli et pouvoir ainsi acquérir toutes les Eveelutions pour son pokédex ? On peut aussi évoquer les fameux raccourcis permettant de torcher – excusez-moi du terme – des courses en moins de 30 secondes et donc d’échapper à toute la concurrence, de gagner beaucoup de temps et de s’assurer la première place.

 

 

…et le en ligne: la crainte ultime des joueurs

Tirer parti des bugs dans une partie hors-ligne c’est bien mais quand on le fait dans une partie multijoueurs en ligne, c’est une toute autre histoire car cela présente pas mal de risques selon le multi auquel vous participez. En effet il y a deux types de jeux en multi : ceux qui sont portés sur la coopération, et les autres qui eux poussent les joueurs dans des compétitions acharnés où le sang, les larmes et la sueur coulent à flots. Dans les premiers, exploiter les glitchs permet encore une fois de modifier l’expérience de jeu à sa guise et peut même se révéler amusant lorsque l’on trouve des bugs franchement débiles – comme le bug de la balançoire dans GTA IV – ou que l’on doit justement coopérer pour activer le bug, de la même manière que l’on chercherait un easter egg.

 

Dans la seconde catégorie de multi, exploiter des glitchs c’est tout simplement tricher: vous pensez montrer votre connaissance ultime de Mario Kart en prenant un raccourci dans l’espoir que l’on vous vénère tel un dieu ? Rassurez-vous: on vous mettra bien sur un piédestal… pour vous lyncher, infâme tricheur en combi rouge et bleue. Oui vous le méritez jeune bougre car en exploitant ce raccourci et en finissant ainsi la course en 30 secondes, vous avez tout simplement enterré toute compétition, avez volé les rêves et les opportunités des autres jeunes participants que vous avez ainsi offusqués et surtout, vous avez enlevé tout la substance de cette partie qui s’annonçait pourtant bien amusante ! Honte à vous ! #Freestyle_Mode: /Off

 

 

Quand l’exploitation de glitchs devient artistique !

Il existe une catégorie de joueurs pour lesquels les glitchs ne sont pas de simples raccourcis et encore moins des pratiques déloyales, mais plus simplement un outil potentiel leur permettant d’exercer leur art. Ces joueurs sont bien évidemment les Speedrunners, et plus précisément les Tool Assisted Speedrunners, ces joueurs dont le but ultime est de terminer un jeu le plus rapidement possible en utilisant tous les moyens possibles et permis par le jeu – pas de hack ici – quitte à prendre des dégâts, perdre des vies, influencer la chance ou exploiter les failles pour arriver à leur fin. Il n’est pas rare en effet de voir des Speedrunners tirer, par exemple, profit de bugs de collisions pour être éjectés ou téléportés plus loin dans le niveau ce qui donne souvent lieu à des séquences assez folles où l’on ne comprend pas trop ce qui se passe mais qui permettent au final de se divertir tout en admirant le level design qui passe sous les yeux – et en apprenant plein de choses si vous avez les commentaires de CoeurdeVandale et de RealMyop en plus.

 

Certains vont même plus loin en tirant parti des faiblesses d’une console pour créer eux-même leurs glitchs et je pense encore à RealMyop et son fameux MegaGlitch fait-maison qui grâce aux modifications apportées à la console lui permet non seulement de renouveler l’expérience de jeu en ajoutant une bonne dose de challenge même pour les joueurs qui ont fait le jeu de A à Z mais aussi parfois d’obtenir des screens abstraits que l’on pourrait qualifier de mini œuvres d’art.

 

 

En somme le glitch, puisqu’il modifie l’environnement et les possibilités offertes dans le jeu, est à pratiquer avec précaution car s’il peut améliorer votre expérience de jeu, il peut aussi pourrir celle des autres – une expérience est toujours subjective et soumise à l’appréciation de l’individu qui l’a pratiqué. De plus si vous vous sentez l’âme d’un artiste, vous pouvez aller au-delà de cet intérêt personnel pour sublimer le glitch et offrir aux autres geeks et geekettes une nouvelle expérience auditive ou visuelle.

Kenny

Étudiant en LEA, blogueur, graphiste WP, buveur de Canada Dry et rédacteur web. J'ai des super pouvoirs aussi.

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